away for some weeks,
have fun, fesez des yodels !
dimanche
mercredi
samedi
Tu ne te rends pas compte.
Là-bas, ils seront partout. Toi, tu en a croisé peut-être une dizaine, tu les as reconnu à leur façon si particulière de marcher, ou de se tenir immobile. Si tu étais avec quelqu'un à ce moment, juste après avoir passé l'un d'entre eux, vous vous regardiez avec des airs entendus, et finissiez par éclater de rire, en leur inventant des surnoms. Si tu avançais solitaire, tu les épiais, des moqueries au coin de l'esprit. Toujours, dans ces moments, ils étaient des passants : ils ne venaient de nulle part, étaient seuls, et allaient ailleurs. Des spécimens persistant d'une minorité risible. De jolis indigènes, décoratifs comme tout. Là où tu iras, ils ne passeront plus sans s'arrêter. Ils seront dans un endroit qui leur appartient. Ils seront autour. Ce sera eux la foule ; toi, parmi eux. Et ils te regarderont, avec leurs visages aux formes étirées. Ils te regarderont, et ils auront toujours un certain rictus au coin des lèvres. Puis quand ils t'auront bien contemplée, jusqu'à te voir au travers, ils toucheront, le tissu des vêtements qu'on t'aura donné, et ta peau pour savoir si elle est bien comme la leur : froide, lisse, un grain très fin oui, contours aux os saillants juste ce qu'il faut pour que cela soit esthétique. Leurs mains et les masses conglomérées de leurs corps chercheront ce que leurs yeux n'auront pas pu atteindre. Plus méfiants, certains approcheront leurs narines et humeront tout ce qui ce dégage de toi. Tu ne doit pas être surprise, ils passeront leurs nez sur tes bras, ils s'arrêteront un peu aux aisselles et au cou, derrière les oreilles, puis ils parcoureront ton visage. C'est-à-dire, ta bouche, serrée par l'angoisse, tes propres narines, expirant parfois, l'air que tu n'arrivera plus à contenir, et puis ton front, suant, parsemé de mèches de cheveux ; ton visage immobile, fermé, comme dans l'expectative d'un gnon. Crois-moi, ils se détourneront d'un air dégoûté.
Je t'aurais au moins prévenue. Je t'aurais prévenue, oui, même si ça ne sert à rien, même si je sais que quand je te reverrais, tu seras maigre et pâle, ton ossature artistiquement dessinée apparaissant entre tes vêtements, à te promener dans une cour, le menton levé, des cernes sous les yeux.
Là-bas, ils seront partout. Toi, tu en a croisé peut-être une dizaine, tu les as reconnu à leur façon si particulière de marcher, ou de se tenir immobile. Si tu étais avec quelqu'un à ce moment, juste après avoir passé l'un d'entre eux, vous vous regardiez avec des airs entendus, et finissiez par éclater de rire, en leur inventant des surnoms. Si tu avançais solitaire, tu les épiais, des moqueries au coin de l'esprit. Toujours, dans ces moments, ils étaient des passants : ils ne venaient de nulle part, étaient seuls, et allaient ailleurs. Des spécimens persistant d'une minorité risible. De jolis indigènes, décoratifs comme tout. Là où tu iras, ils ne passeront plus sans s'arrêter. Ils seront dans un endroit qui leur appartient. Ils seront autour. Ce sera eux la foule ; toi, parmi eux. Et ils te regarderont, avec leurs visages aux formes étirées. Ils te regarderont, et ils auront toujours un certain rictus au coin des lèvres. Puis quand ils t'auront bien contemplée, jusqu'à te voir au travers, ils toucheront, le tissu des vêtements qu'on t'aura donné, et ta peau pour savoir si elle est bien comme la leur : froide, lisse, un grain très fin oui, contours aux os saillants juste ce qu'il faut pour que cela soit esthétique. Leurs mains et les masses conglomérées de leurs corps chercheront ce que leurs yeux n'auront pas pu atteindre. Plus méfiants, certains approcheront leurs narines et humeront tout ce qui ce dégage de toi. Tu ne doit pas être surprise, ils passeront leurs nez sur tes bras, ils s'arrêteront un peu aux aisselles et au cou, derrière les oreilles, puis ils parcoureront ton visage. C'est-à-dire, ta bouche, serrée par l'angoisse, tes propres narines, expirant parfois, l'air que tu n'arrivera plus à contenir, et puis ton front, suant, parsemé de mèches de cheveux ; ton visage immobile, fermé, comme dans l'expectative d'un gnon. Crois-moi, ils se détourneront d'un air dégoûté.
Je t'aurais au moins prévenue. Je t'aurais prévenue, oui, même si ça ne sert à rien, même si je sais que quand je te reverrais, tu seras maigre et pâle, ton ossature artistiquement dessinée apparaissant entre tes vêtements, à te promener dans une cour, le menton levé, des cernes sous les yeux.
Hey les koupins, c'est gentil de s'inquiéter pour moi, mais l'école où je vais l'an prochain, je compte y bosser, sans passer par le processus de nappy-pi-sation :)
lundi
mardi
Pendant ce temps, au Luzard
Parce qu'en plus c'est un grooos garçon... Tu vois, vraiment. Il -quoi ?- oui c'est peut-être un moyen de se protéger ; c'est surtout qu'il est très angoissé, tu vois, et il doit manger un peu n'importe quoi, et puis sa famille... Il doit manger beaucoup de pâtes, de pommes de terre... Il a cette manie, il range ses affaires, sur son bureau, peut-être trois fois dans l'heure, tu le verra ajuster la pile de son cahier, son livre, son agenda, bien sur le bord de la table, il tire la feuille de note de la pile avec précaution, il l'aligne bien, parallèle avec le bord du pupitre, il sort sa trousse, la pose, pareil, parallèle, sort le stylo, écrit quoi 3 mots, le remet dans la trousse, la referme, la range dans le sac, range la feuille dans la pochette, réajuste la pile de cahiers. Il a 12 ans, oui. Oui, sourd profond ; oh, il écrit très mal, tu sais comme c'est, il signe un peu. Et donc, l'autre jour, je faisais le cours sur les Dieux égyptiens, il fallait que je leur explique ce qu'étaient les religions. On a dérivé sur le thème de la vie après la mort ; et là, je le regardais, il se repliait sur lui, il avait l'air très mal, il allait pleurer. Je lui demande, qu'est-ce qu'il y a -il faut dire, ce gosse a pas eu de pot, au début de l'année, il a perdu son grand-père, sa grand-mère, un oncle ou une tante je crois, et les enterrements qui vont avec- ça ne va pas ? (Ce gosse est très angoissé par l'idée de la mort du coup, il m'avait raconté que plusieurs fois, la nuit, il se relevait pour vérifier que ses parents, sa soeur, étaient toujours vivants...) Et il me dit qu'il a très peur ; moi je lui répond que bien sûr, la mort, on en a tous peur, c'est normal, mais qu'on a une longue vie, que le temps où on va mourir, on est très vieux, on se sent très fatigué. Je lui demande ce qu'il pense qu'il y a après la mort, il me répond : "je sais pas..." Puis après, très vite, il dit : "...mais le psychologue lui il sait !" J'étais [mimique éberluée] alors il a refusé de rien dire d'autre de pourquoi le psychologue il savait. Bon. L'autre jour, je vois ma collègue qui s'occupe de lui aussi, je lui raconte, et elle me dit : "mais oui !" En fait, elle avait déjà parlé avec lui, de sa peur de la mort, et elle lui avait dit qu'il devrait demander un rendez-vous avec le psychologue. Le rapprochement logique : "le psychologue, lui, il sait !"
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